Maurice Dieterlen (30 août 1886-6 octobre 1915)

Maurice Dieterlen (30 août 1886-6 octobre 1915)
Maurice Dieterlen.
© Ecole nationale des chartes

Une des plus brillantes espérances de l'École s'est éteinte avec Maurice Dieterlen, de la promotion de 1914. De son passage à l'École avait gardé la sympathie et la confiance unanime de ses maîtres comme de ses camarades. Intelligence vive, esprit très ouvert, il s'était attaché à nos études avec ardeur, avec passion même. La diplomatique l'avait conquis. La science allemande n'avait pas de secrets pour lui. Sa thèse de diplomatique sur les actes privés et ducaux en Lorraine, du xne au xve siècle, était pleine de promesses ; sa collaboration au Moyen Age, en 1913, faisait bien augurer de son avenir scientifique ; son passage à l'École des Hautes Études lui avait permis de compléter sur certains points une instruction déjà très développée ; un voyage à Vienne, dont il a publié les résultats, l'avait familiarisé avec les manuscrits et les fonds d'archives d'origine lorraine qui s'y trouvent un peu égarés. Le soldat Dieterlen ne pouvait être de ceux qui se ménagent ou qui s'abritent. Blessé une première fois, puis malade, il retourna deux fois au front, toujours aussi brave, empressé, joyeux de se battre pour la France et pour sa Lorraine. Le grade de sous- lieutenant au 297e régiment d'infanterie alpine récompensa sa bravoure et sa constance ; loin de se plaindre de s'en trouver plus exposé, il ne cessait d'exalter son rôle et de proclamer son enthousiasme, il aimait à répéter son immense désir de sacrifice pour sauver sa patrie et son inaltérable confiance en l'avenir. « Je suis sûr que notre tête, nos nerfs et notre moral sont beaucoup plus solides que ceux des Parisiens. » Le sacrifice fut accompli ; il périt, frappé d'une balle au front, en entraînant sa section à l'assaut dans un magnifique élan, qu'une citation a relevé. Pour mieux faire comprendre cette nature d'élite, il est nécessaire de donner ici le texte de l'admirable page qu'il écrivait à sa famille, la veille de l'offensive de Champagne, comme mû par un extraordinaire pressentiment : « Je vis le plus beau jour de ma vie. Je ne regrette rien et suis heureux comme un roi. Je suis heureux de me faire casser la figure pour que le pays soit délivré. Dites aux amis que je m'en vais à la victoire le sourire aux lèvres, plus joyeux que tous les stoïques et tous les martyrs de tous les temps. Nous sommes un moment de la France éternelle. La France doit vivre ; la France doit vaincre. Gardez vos plus belles toilettes, gardez vos sourires pour fêter les vainqueurs de la grande guerre. Nous n'y serons peut-être pas, d'autres seront là pour nous. Vous ne pleurerez pas, vous ne porterez pas notre deuil, car nous serons morts le sourire aux lèvres et une joie surhumaine au cœur. Vive la France ! »