Henri Prost (8 octobre 1883-19 février 1915)

Henri Prost, sergent d'infanterie, est tombé, frappé aux jam-
bes par des balles allemandes, au milieu d'une de ces attaques
si fréquentes sur la terre d'Alsace où son régiment avait soli-
dement pris pied. Près de lui un camarade gisait, mourant de
faim et de soif, et se tordant dans d'atroces souffrances. Notre
confrère, qu'avaient affaibli de graves hémorragies et des bles-
sures non encore pansées, n'écouta que la voix du devoir, se
traîna en rampant sur la neige encore fraîche jusqu'à son mal-
heureux voisin, et allait toucher au but, avec l'espoir de lui
porter le secours si impatiemment attendu, lorsqu'un nouveau
coup de feu l'atteignit à la tête. Quelques jours après, il succom-
bait à l'hôpital militaire de Belfort, où il avait été transporté.
L'heure fatale avait sonné pour Henri Prost. Et cependant
la vie lui souriait et s'apprêtait à lui réserver des heures bien
douces. Aîné d'une nombreuse famille, il était l'orgueil d'un père
qui le chérissait. D'excellentes études l'avaient préparé à la
carrière où il creusait déjà un sillon fécondant, mais ce n'est pas
au hasard qu'il l'avait choisie. Son oncle l'y avait précédé et
utilement favorisé de ses conseils. Depuis le décès prématuré
de Bernard Prost, son neveu Henri avait recueilli ses papiers
et tenait à honneur de continuer, en même temps que les tra-
ditions de la famille, les travaux interrompus, notamment les
Inventaires des ducs de Bourgogne publiés dans les collections
officielles du ministère de l'instruction publique. Archiviste
paléographe et licencié ès lettres, notre confrère était entré aux
archives départementales de la Seine, où sa complaisance, son
affabilité et sa bonne camaraderie étaient infiniment appréciées.
L'Association des archivistes français l'avait choisi pour secré-
taire, sachant que l'on pouvait compter sur son dévouement. Sa
thèse sur les Étals du comté de Bourgogne n'a pas été imprimée,
mais, soumise à des juges compétents, elle lui avait permis de
sortir de l'École des Chartes, en 1905, dans un rang particu-
lièrement brillant.
Henri Prost nous quitte à trente et un ans. Son franc et clair
visage, qu'animait un fin sourire, légèrement ironique, qu'éclai-
raient des yeux d'une rare vivacité, attirait une sympathie
qu'on ne lui marchandait pas. Certes, il eût fait un excellent
entraîneur d'hommes si sa destinée lui eût permis d'aspirer à
cet honneur. Du moins a-t-il donné simplement son cœur et son
sang pour marcher à la conquête de nos provinces jadis perdues
et maintenant recouvrées.