Georges Mathieu (10 décembre 1882-8 mai 1917)

Licencié ès lettres de la même promotion que Robert Michel,
Georges Mathieu, né à Nîmes, fit de bonnes études à Bordeaux,
où son père était pasteur, avant d'entrer à l'École des Chartes en
1903. Rien d'étonnant à le voir choisir comme sujet de thèse un
sujet d'histoire locale : Les marins de Bordeaux. Nommé archi-
viste départemental à Tulle, où il demeurait à l'heure de la mo-
bilisation, il s'était, pendant six années de séjour en Corrèze,
concilié les sympathies générales et y avait noué de solides ami-
tiés. Fonctionnaire modèle, zélé et apprécié, il sut mener de
front et sa tâche quotidienne et des travaux personnels qui par
leur variété attestent la curiosité et la maturité de son esprit :
essai sur les sources de l'histoire corrézienne, industrie en Bas-
Limousin, comités révolutionnaires et instruction publique en
Corrèze pendant la Révolution, archives hospitalières, etc.
Incorporé dès le début des hostilités au 144e, bientôt aspirant
au 32e régiment d'infanterie, il a fait son devoir avec vaillance
et sans forfanterie. Une citation, obtenue au début de septembre
1916, à l'ordre de la brigade, met en lumière sa belle attitude
pendant les durs combats auxquels il avait pris une part active
six mois auparavant, en plein enfer de Verdun. En mai 1917,
à l'une des offensives les plus meurtrières de la guerre, au moment
où il entraînait sa section à l'assaut d'un fortin allemand en
avant du village de Corbeny (plateau de Craonne), il fut frappé
d'une balle au front et tomba pour ne plus se relever. Il fut d'un
bel exemple et montra une haute valeur morale, ainsi qu'on le
lit dans le texte de la deuxième citation que mérita sa vaillance.
Excellent garçon, d'une droiture peu commune, très estimé
de tous ceux avec lesquels il se trouvait en contact, il était doué
en outre d'une gaieté communicative que ses camarades n'ont
pas oubliée.
« C'était une âme très douce, faite pour s'entendre avec tous
et à qui un rare bonheur valut de ne jamais rencontrer dans
l'existence que des êtres parfaits, dignes de lui et dont il était
digne ; il voulait mourir comme il avait vécu, rassurant toujours
ceux auprès de qui il combattait, aimant plus que tout la France
qui était en eux et qui était en lui », a écrit M. Camille Jullian (1),
un des maîtres auxquels il avait donné toute sa confiance (2).