Gabriel Garric (25 septembre 1886-22 août 1914)

Fils unique d'un ancien officier, Gabriel Garric cachait sous
des dehors calmes et pondérés une âme d'ardent patriote. Si
sa participation journalière aux travaux de catalogue à la Biblio-
thèque nationale, à laquelle il était attaché depuis sa sortie de
l'École, paraissait le prédisposer assez peu à vivre de l'atmo-
sphère des camps, elle n'avait éteint chez lui ni son ardeur juvé-
nile ni les fiers sentiments que lui avait inculqués sa famille.
D'ailleurs n'était-il pas né en Bretagne, au milieu d'une race qui
ne sut jamais ni fléchir ni trembler et fut en toute occasion pro-
digue de son sang ? Le sien ne pouvait mentir.
Licencié ès lettres, il avait choisi pour thèse d'École une
étude sur la jeunesse de Duplessis-Mornay, qui est restée iné-
dite et où l'on apprécia aussi bien la documentation que la
justesse d'observation. Il fut chargé de procéder au classement
des archives de l'étude de Me Lejeune, notaire à Paris, et à l'éta-
blissement d'un répertoire numérique qui fut présenté à la
Société de l'histoire de Paris après la déclaration de guerre.
Ses travaux se trouvèrent alors interrompus ; il partit comme
sergent de réserve à la 5e compagnie du 101e régiment d'in-
fanterie ; mais il ne combattit pas longtemps. Comme Deroy,
il fut blessé en Belgique ; soigné à l'ambulance de Bleid comme
lui, il y est décédé quelques jours avant son jeune confrère ;
comme pour lui également, la triste nouvelle ne fut connue que
de longs mois après. C'était un modeste et un consciencieux,
dont on était en droit d'attendre beaucoup.