François Baron (22 septembre 1888-5 mai 1918)

François Baron (22 septembre 1888-5 mai 1918)
Fançois Baron.
© Ecole nationale des chartes

Archiviste-paléographe et avocat à la cour de Paris, François Baron était fils d'un libraire de Narbonne (M. Félix Baron), petit-fils et arrière-petit-fils de Narbonnais par le double lignage maternel et paternel ; « aussi était-il l'image vivante de ce pays de Bas-Languedoc qu'il chérissait en terrien, en érudit, en poète, par toutes les fibres de son cerveau et de son cœur ». Sa silhouette aux traits rudes et forts était tempérée par deux grands yeux ardents, empreints de quelque vague mélancolie. Amateur de vieilles pierres et de vieux papiers, collectionneur de livres qu'il aimait rares et beaux, fin lettré qui rêvait de pèlerinages littéraires et d'odyssées occitaniennes, il pensait, lui simple soldat dans un régiment de ligne, aux luttes d'autrefois dont sa lyre nostalgique, en pleines tranchées, magnifiait les fastes :

J'entends toujours l'écho lointain des grandes guerres
Quand les fils du Midi, mes ancêtres, mes pères,
Arboraient fièrement un courage d'airain ;
Et songeant au laurier qui m'attend à Mulhouse,
Je regrette les violettes de Toulouse
Qui se cachaient, un soir de septembre serein.

Mais son régionalisme ne lui cachait pas la France qu'il défendait bravement :

Si je lutte ce soir encore et si je vibre
Sous l'exaltant enfer de la victoire, c'est
Pour conserver comme un bienfait intact et libre
Le scrupuleux orgueil de bien parler français.

Il n'aime pas la guerre, mais en subit les duretés sans révolte. Il ne veut pas être un héros, mais il meurt en martyr, en professant un acte de foi. Décoré de la médaille militaire et de la croix de guerre avec palme, il ne profère nulle plainte, dans la crainte que cette plainte soit entendue d'une mère qu'il vénère et d'une fiancée qu'il chérit. Après avoir soutenu sa thèse sur le cardinal Pierre de Foix, François Baron n'avait pas oublié complètement le chemin des archives ; est-il en garnison à Mende, sa grande distraction consiste à aller travailler sous l'œil de son collègue un peu surpris de tant de zèle. Son intention était d'ailleurs de solliciter un poste d'archiviste départemental. Lorsque, pendant quatre ans de guerre, il a refusé tout grade, par une abnégation volontaire dont il existe d'ailleurs dans notre corporation d'autres exemples, et non point par peur des responsabilités, ce sont ses camarades de régiment qui lui prodiguent les marques d'une respectueuse et sympathique amitié.