Augustin Cochin (22 décembre 1876-8 juillet 1916)

Augustin Cochin (22 décembre 1876-8 juillet 1916)
Augustin Cochin.
© Ecole nationale des chartes

Élève du collège Stanislas, Augustin Cochin avait fait de fortes études classiques, complétées et couronnées par la licence en philosophie et le diplôme d'archiviste paléographe, obtenu en tête de sa promotion. Il commençait ainsi une carrière, trop tôt brisée, dont l'unité se dégage très nettement ; elle voulait être faite d'études désintéressées et d'actions généreuses. Il se promettait, de deux façons, sans que l'une fît tort à l'autre, de servir les plus nobles idées ; il interrogeait le passé pour essayer d'en faire jaillir la vérité, en même temps qu'il travaillait à panser les plaies du présent avec la plus délicate et touchante charité. Sans doute avait-il toujours sous les yeux le conseil contenu dans le testament de l'aïeul dont il a si dignement porté le nom : chercher avant tout le vrai et faire le bien, sans songer à la fortune ni à l'ambition. Sa vie d'étude paraît s'être concentrée sur les crises sociales que traversa notre pays avant le XIXe siècle : la Réforme et la Révolution. À la première il consacra sa thèse d'École, Le Conseil du roi et les Réformés de 1652 à 1668, dont quelques fragments seulement ont paru dans des revues; l'un d'eux, traitant des églises calvinistes du Midi, est à recommander à tous ceux qui voudront apprécier son talent d'historien. Sur la seconde il écrit des pages longuement préparées qu'il intitule : La crise de l'histoire révolutionnaire. Quelles causes ont déterminé l'explosion du mouvement de 1789 ? La réponse à cette question, qu'elle soit donnée par Taine ou par Aulard, ne le satisfait nullement. En s'adressant aux sources, il s'efforcera d'apporter une solution meilleure, et comme l'œuvre serait trop vaste pour la France entière, il la sectionnera : la Bourgogne d'abord, puis la Bretagne. Un premier mémoire parut sur ce sujet en 1906. Ses recherches devenaient d'autant plus longues qu'il dépouillait, classait, confrontait, comparait les textes avec le soin le plus minutieux, se glissant dans les coulisses du théâtre où s'était préparé le drame, cherchant, à travers la phraséologie des documents officiels où leur action est voilée, la pensée véritable de ces groupements de bourgeois philosophes pour qui la réforme de la société était le premier devoir. L'étude de ces « Sociétés de pensée », comme les dénommait Augustin Cochin, fera l'objet d'un ouvrage considérable qu'un zélé collaborateur tiendra à honneur de terminer. Fidèle à cette même méthode, il avait également entrepris une étude diplomatique du gouvernement révolutionnaire (1793-1794), qui le passionnait et que vient de publier la Société d'histoire contemporaine. Augustin Cochin en était à ce point de ses travaux d'érudition quand à travers tout le pays retentit l'appel aux armes. Aussitôt se transforme-t-il en officier qui poussera jusqu'à l'héroïsme les vertus militaires. A ses hommes il porte une tendresse touchante ; et il en est adoré. Comme Joinville, qu'il se plaît à citer, il estime que la première obligation est de soutenir « le menu peuple de France ». Au milieu des épreuves, il s'y dépense sans compter. Aussi dirige-t-il sa compagnie, — la 9e du 146e, — moins par la force de la discipline que par l'affection qu'il inspire à ceux dont il a la charge : « Je suis installé au milieu de mes hommes comme un vrai père de famille ; pas besoin de grogner ni de geindre ; les petits services se font tout seuls. » Partageant les souffrances et les dangers de ceux à qui il commande, il répond en souriant à un supérieur qui l'invite à se ménager : « Mon général, je ne vous ai jamais désobéi, mais cette fois-ci vous ne m'empêcherez pas de faire mon devoir » ; et à un ami qui lui conseille un peu de repos, il écrit, songeant toujours à ses compagnons d'armes : « Que penseraient-ils de nous si nous faisions autrement qu'eux ? » Il ne fait pas autrement qu'eux, il fait plus qu'eux ; c'est le seul privilège qu'il veuille tirer de la naissance et de la fortune. Respectueux des vieilles traditions, il est « l'exemple vivant des plus hautes qualités militaires » ; il s'écrie, en se lançant à l'assaut des tranchées ennemies : « Les petits gars, c'est pour la France ! », et se dit à lui-même : « Jamais assez ! » Il faut avoir les yeux fixés sur l'étoile, écrit-il le 9 septembre 1915. Blessé trois fois, quatre fois cité à l'ordre du jour, nommé chevalier de la Légion d'honneur en août 1915, Augustin Cochin prit part aux durs combats de Tahure, de Douaumont, du Morthomme, de la Somme. S'il est physiquement arrêté, moralement le ressort reste tendu. Il refuse un congé de convalescence. Sans attendre sa guérison, le bras droit dans le plâtre, il repart aux tranchées, et d'un élan irrésistible abat quatre Allemands à l'aide du revolver qu'une seule main peut manier. Mais les infernales épreuves qu'il subit, lui et ses hommes avec lui, dans la lutte pour Amiens, ont fini par avoir raison de tant d'énergie et de tant de ténacité. Dans un dernier assaut, à Hardecourt, il est frappé mortellement, à bout portant ; avant de mourir, il a le temps d'apprendre que ses hommes ont atteint les objectifs assignés et organisé les positions qu'ils avaient pour mission d'occuper, et d'adresser un suprême adieu à ceux qui l'aiment. Son dernier regard exprime le calme de son âme, la béatitude, la joie de mourir pour la France. L'infirmier qui l'inhuma écrivit : « Une brassée de lauriers recouvre son corps. Il repose comme un preux d'autrefois, drapé dans une toile de tente, les vêtements souillés de boue glorieuse et recouvert de fleurs » ; et son colonel, en annonçant à son père la fatale nouvelle, l'appelle « une des plus hautes figures, la gloire, l'honneur du 146e, où tout le monde le respectait et l'aimait ». L'étoile sur laquelle il tenait ses regards fixés ne l'a pas trompé : elle lui montrait le chemin du sublime sacrifice.